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Claude Jean (Délégué général adjoint à la langue française et aux langues de France) Les politiques pour le français et la science
La présence de la langue française dans les sciences est, de longue date, une préoccupation majeure des autorités et organismes des pays francophones : France, Belgique, Québec, notamment ainsi que des institutions de la Francophonie.
En 1970 la notion de français scientifique fait son apparition et à partir de 1980, de nombreux colloques, des études, des articles sont consacrés au thème du français dans les sciences et les techniques. Depuis une douzaine d'années, ce sujet est devenu indissociable de la place du français dans les technologies de l’information et de la communication.
L’importance de l'enjeu a appelé les pouvoirs publics des pays francophones ainsi que les institutions de la Francophonie à prendre des mesures destinées à conforter la place du français dans la science.
En effet, le contexte d’internationalisation des échanges qui a caractérisé la seconde moitié du XXème siècle n’a pas été sans influence dans le domaine scientifique puisque l’anglo-américain tend à s’imposer comme langue de communicaton au sein de la communauté scientifique internationale. Le progrès de la science est lié à la diffusion rapide et universelle de l’information et l’anglo-américain joue le rôle de vecteur quasi unique relayé par le puissant support technique que représentent l’internet et le traitement numérique de l'information.
Cependant le plurilinguisme constitue une alternative certaine contre le danger de pensée unique véhiculé par ce qui serait un monolinguisme scientifique. En effet des langues de culture ancienne, comme, en Europe, l’allemand, l’espagnol, le français, l’italien, ont montré à différents moments de l’histoire, qu’elles avaient les qualités nécessaires à l’expression de l’universel. Il importe aujourd’hui de leur conserver la capacité d'exprimer tous les domaines de la pensée. La mobilisation de la communauté scientifique pour le plurilinguisme demande des moyens : une approche rationnelle suivie d’une mise en œuvre volontariste, autrement dit, une politique clairement exprimée et illustrée. Le rôle des pouvoirs publics semble ainsi indispensable.
Au-delà de la question de savoir s’il y a une langue scientifique, des langues de spécialité, la première priorité est de doter la langue des moyens de dire la modernité dans sa complexité. En France, le dispositif d’enrichissement de la langue française vise notamment cet objectif, par ailleurs, partagé par les pays francophones qui s’organisent pour une mutualisation des ressources linguistiques.
La France est allée encore plus loin en inscrivant la priorité scientifique dans la loi sur l’emploi de la langue française. Le Québec avait fait de même. Les institutions de la Francophonie (Agence intergouvernementale de la Francophonie, Agence universitaire de la Francophonie) ont inscrit cette priorité dans leurs programmes. Il existe ainsi des programmes d’aide à la traduction simultanée des colloques internationaux, à la publication de revues scientifiques ainsi qu'à la traduction. Dans le domaine de la diffusion, l’internet représente un enjeu qui est également pris en compte.
Aucune des langues européennes ne peut gagner seule le pari scientifique. Aussi l’Europe doit-elle promouvoir le plurilinguisme pour la science comme elle le fait pour l’éducation, la culture, les échanges. L’intercompréhension des langues, notamment par grandes familles linguistiques, peut permettre de relever ce défi.
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